Censé enrayer la paralysie qui menace l’économie, le plan de relance du président Bush fait un flop. Résultat : l’inquiétude s’exporte dans le monde entier et la fuite des investisseurs s’accélère. Drame en trois actes.
Récession ou pas ? Tout part de cette question, comme si le plan d’urgence lancé en catastrophe par le président George Bush le 18 janvier était le signal que l’Amérique avait tourné le dos à la croissance. Car après la torpeur du week-end, ce fut le « carnage » sur les Bourses mondiales, pour reprendre l’expression d’un broker de la City en une du quotidien Financial Times.
Il faut admettre en effet les doutes des experts qui, aux Etats-Unis, prennent le pouls de l’économie : quotidiennement, 150 millions d’Américains se lèvent et vont travailler pour des centaines de milliers d’employeurs, participant à une économie de 13000 milliards de dollars. Une dynamique aussi démesurée ne cesse pas ainsi. Pas plus tard que vendredi dernier, le jour même du message présidentiel, l’Université du Michigan produisait pour janvier un « indice du sentiment des consommateurs » prometteur, qui a surpris à peu près tout le monde après un mois de décembre désastreux.
Le dernier sursaut d’une croissance qui ne veut pas mourir ? Quand on sait que les Etats-Unis affichent cinquante deux mois consécutifs de création nette d’emploi, il y a de quoi se montrer avisé avant d’annoncer l’apocalypse.
Et pourtant, ce ne sont pas seulement la crise financière ni le desserrage plus que brutales des Bourses qui effrayent, même si un krach peut assurément provoquer à lui seul une récession. C’est la panique générale qui risque de saisir les consommateurs américains, qui à eux seuls assurent 71% de la croissance.
« LIVRE BEIGE » TRES NEGATIF
Déjà, certains commentaires donnent des sueurs froides. La correction actuelle du marché immobilier pourrait être « plus profonde et plus prolongée » que ce que l’on imaginait, annonce la Réserve fédérale, dont le tout dernier « livre beige » comporte 149 fois les mots « faibles » ou « lent ». Que l’on prévoie ou non une récession, « l’affaire risque bien d’être « plus profonde » et « plus prolongée » que beaucoup d’entre nous ne le pense » estime David Rosenberg le « chief economist » de Merrill Lynch pour l’Amérique du Nord. « C’est aussi ce que pense un nombre croissant de gens à la Réserve fédérale ». Encore plus flippant : Carmen Reinardt et Kenneth Rogoff, deux économistes, inscrivent que la crise actuelle paraît en voir d’égaler, voire dépasser les cinq crises financières les plus catastrophiques ayant touché le monde industrialisé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les indicateurs économiques sont alarmants mais pas encore calamiteux. Les ventes au détail ont baissé de 0,4% en décembre, en deçà des prévisions, et les mois d’octobre et novembre ont été rétablis à la baisse, signalant une croissance de 1,1% au dernier trimestre 2007, coup de frein brutal par rapport aux 4,9% du troisième trimestre.
Coté affaires, l’indice de confiance du Conférence Board Business est encore plus bas qu’il ne l’était au départ des récessions de 2001, le premier mois de la dernière récession. Encore cette récession-là avait-elle été prudente et n’avait-elle durée que huit mois.
Cette fois-ci, les économistes sont en proie à deux types de craintes inattendues. Saisir la première est à la portée d’un enfant de 10 ans : la tirelire des ménages américains est vide. Ils ne sont plus en mesure de se tourner vers l’immobilier, comme ils l’avaient fait en 2001 pur oublier la claque du krach boursier. La valeur de leur logement se réduisant, ils ne peuvent plus également emprunter sur la base du prix de celui-ci comme ils l’avaient fait ces dernières années pour consommer à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Ils peuvent continuer à tirer sur leurs cartes de crédits, mais les banques sont de plus en plus strictes et le sur-endettemnt a vite fait de vous rattraper : la semaine passée, Citigroup a provisionné plus de 5 milliards de dollars de pertes anticipées sur ces à l’automobile, cartes de crédit ou prêts hypothécaires. Ce n’est qu’un début.
PLUS DE REMPARTS
L’autre grande crainte de Wall Street demeure dans l’ampleur de la crise, qui peut alimenter une panique plus sévère qu’une crise de confiance temporaire. « Plus de 1000 milliards de dollars ont été canalisés dans le marché des subprimes », remarquent Reinhart et Rogoff. Plus dramatique encore, toutes les supposées « digues » paraissent lâcher les unes après les autres, ces jours derniers. Les entreprises américaines, avantageuse et peu endettées, étaient présumées immunisées contre la récession ; on les découvre confrontées au « credit crunch ».
Les multinationales semblaient pouvoir compenser à l’export la faiblesse de leur marché intérieur ; la crise boursière mondiale répandue rappelle que, dans l’économie internationale, tous sont dans le même bateau. Les salariés pensaient pouvoir s’apaiser avec le plein-emploi ; le taux de chômage est de nouveau à 5% et un demandeur d’emploi sur cinq l’est depuis au moins vingt-sept semaines, délai après lequel la plupart des chômeurs n’ont plus droit aux d’allocations.
Que faire pour stopper la panique ? Bush a proposé son plan de relance d’environ 145 milliards de dollars (1% du PIB). La réaction des Bourses mondiales en début de semaine donne le sentiment que ces 145 milliards, avant même d’être votés par le Congres, font déjà figure de feu de paille.
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