La Banque centrale européenne ne cesse de le répéter : les risques inflationnistes sont clairement « orientés à la hausse ». En Allemagne, l’inflation est au plus-haut depuis treize ans, et, en France, l’indice des prix s’inscrit en hausse de 2,4% à la fin de novembre. La hausse des prix est même en passe de détrôner le chômage comme principale préoccupation des Européens.
La réapparition de l’inflation est l’une des principales menaçantes pour l’année prochaine. Pour des motifs tout d’abord domestiques. Dans les pays de l’OCDE, les capacités de production sont abondamment utilisées, et le marché du travail connaît une condition de plus en plus tendue.
Dans de nombreux de pays, le taux de chômage paraît même inférieur au taux jugé structurel. Face à cela, l’impact régulateur sur les prix de la mondialisation sera de moins en moins grave. Le sujet d’inquiétude capital est bien évidemment la Chine, où les coûts de production, assurément toujours faibles, s’apprécient, en particulier les coûts salariaux. Dès lors, les prix à l’importation des biens manufacturés en provenance de Chine ont arrêté de baisser en Europe et pourraient accroître en 2008, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis.
En définitive, les pays émergents vont continuer de soutenir les prix de l’énergie, des matières premières et des produits alimentaires. Ces accroissements sont désormais estimées sur la durée, ce qui limite l’intérêt de raisonner sur l’inflation sous-jacente (hors énergie alimentaire). Ces éléments réunis devraient donc approuver les anticipations de hausse d’inflation en 2008 avec deux conséquences principales. La première est d’entraîner une spirale de requêtes salariales, qui pourrait autoalimenter l’inflation. C’est le schéma tant redouté par la BCE mais que l’on ne peut pas écarter, alors que les inquiétudes sur le pouvoir d’achat apostrophent les gouvernements. Une hausse de l’inflation pourrait ensuite entraîner des taux réels négatifs et créer une « bulle d’investissement ».
Néanmoins, il existe bien des tensions inflationnistes mais nous ne croyons pas pour autant à une exaltation de l’inflation identique à celle des années 1980. Un tel schéma nécessiterait l’assemblage de deux éléments. Il faudrait avant tout que la Banque centrale européenne (BCE) adopte une politique monétaire laxiste. Ce qui n’est et ne sera pas le cas. Elle a bien, à l’opposé, identifié la menace inflationniste et prendra toutes les mesures nécessaires, y compris des hausses de taux d’intérêt pour contenir un incertain dérapage.
La lutte contre l’inflation reste sa priorité absolue, ce qui la différencie d’ailleurs de la banque centrale américaine, plus préoccupée par la déflation. Ultérieurement, il faudrait que les syndicats négocient de fortes augmentations de salaires, avec un procédé d’indexation sur les prix. Cependant, même si le marché du travail progresse, les rapports de force ne sont pas en faveur des salariés. Le taux de chômage demeure relativement élevé dans beaucoup de pays, et la compétition internationale exerce toujours une forte pression sur les salaires. Il y aura certainement des hausses mais elles seront négociées entre entreprise. Globalement, l’inflation devrait ainsi rester prudente, surtout en zone euro.
La soudaine tension sur les prix de fin d’année devrait en outre s’atténuer au fil des mois par un simple effet de base : les prix des matières premières se sont accru ces dernières années, et logiquement devraient connaître une stabilisation en 2008. |